OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Spotify vendu à Facebook http://owni.fr/2011/11/04/spotify-facebook-sean-parker-zuckerberg/ http://owni.fr/2011/11/04/spotify-facebook-sean-parker-zuckerberg/#comments Fri, 04 Nov 2011 10:41:11 +0000 Guillaume Dasquié et Benoit Le Corre http://owni.fr/?p=85529
Le 22 septembre, Facebook annonçait la mise en place d’un partenariat très étroit avec Spotify, la plateforme d’écoute musicale en streaming. Des fiançailles qui s’expliquent par des opérations financières croisées, pas franchement assumées par les deux sites. Lesquels avancent un peu masqués dans cette affaire.

Vu de l’extérieur, ce rapprochement instaure une forte contrainte pour les milliers d’utilisateurs de Spotify. Impossible désormais de se connecter à sa musique en ligne sans passer par son compte Facebook. Mais à entendre les acteurs de cette opération industrielle, il s’agirait simplement de simplifier la vie de l’utilisateur moyen.

Interrogé par OWNI, Julien Codorniou, responsable des partenariats de Facebook en France et au Bénélux, répète cette communication bien huilée. Selon lui :

Ce n’est pas un partenariat économique.

Nous avons pourtant retrouvé la trace de nombreuses transactions passées entre Spotify et l’un des principaux promoteurs de Facebook, Sean Parker. Soutien historique du fondateur Mark Zuckerberg, Sean Parker a été président de Facebook de 2004 à 2005. Et Parker détient encore 4 % des parts de Facebook tout en travaillant depuis juin 2011 au poste de directeur de Spotify – comme le signale sa page Facebook.

Une caisse enregistreuse au Luxembourg

Cependant, sa relation financière avec le fondateur de Spotify, le suédois Daniel Ek, se révèle bien plus ancienne. L’histoire débute véritablement le 23 novembre 2007, lorsque Daniel Ek, âgé de 24 ans, fonde à Londres Spotify Limited – devenu aujourd’hui le quartier général de l’entreprise, depuis des bureaux situés au 13 Kensington Square (comme le confirme une recherche sur l’adresse IP de ses serveurs).

Quelques mois plus tôt, ce futur siège social s’est vu doter d’un centre névralgique financier, baptisé Spotify Technology S.A, et installé dans un paradis fiscal européen, au Luxembourg. Cette caisse enregistreuse est de nos jours directement gérée depuis le siège de Londres, comme le montrent les registres britanniques.

Sean Parker, ancien fondateur de Napster aujourd'hui directeur de Spotify

Les bases de données du Grand-duché racontent l’histoire, plutôt exotique, de l’apparition de cette structure. Car Spotify Technology est créée le 27 décembre 2006 sous la houlette d’un financier local, Olivier Kuchly, pour des bénéficiaires qui s’abritent derrière des sociétés fiduciaires implantées à Chypre.

Trois ans plus tard, le 30 décembre 2009, Sean Parker entre officiellement au conseil d’administration de Spotify Technology, lors d’un apport de 11,5 millions d’euros. Quelques semaines après, le 26 février 2010, un fonds américain dirigé par Parker, Founders Fund, également présent dans Facebook, réalise un investissement dans Spotify.

Tout est en place pour préparer une intégration de Spotify dans Facebook ; et ainsi valoriser financièrement les goûts musicaux des centaines de millions d’amis. Le résultat commercial a été rendu public lors de la grand-messe annuelle de Facebook, le 22 septembre. Pour la plus grande joie de Sean Parker, qui depuis les tumultueuses années Napster, rêvait de conquérir le marché des préférences musicales, comme pourrait en témoigner cette correspondance adressée à Daniel Ek en 2009.

Contacté dans le cadre de cette enquête, les responsables de Spotify ont décliné notre proposition d’interview, demandant néanmoins que nous transmettions l’ensemble de nos questions à leur direction de la communication.


Illustration de une : Marion Boucharlat pour OWNI /-)

Photos via FlickR – jdlasica http://www.flickr.com/photos/jdlasica/6256555261/sizes/z/in/photostream/

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Esthétique du programme interrompu http://owni.fr/2010/12/27/esthetique-du-programme-interrompu/ http://owni.fr/2010/12/27/esthetique-du-programme-interrompu/#comments Mon, 27 Dec 2010 11:45:33 +0000 Jean-Noël Lafargue http://owni.fr/?p=40178 L’émission Saturday Night Live a diffusé la semaine dernièreun court sketch assez intéressant. On y voit le « nerd » Mark Zuckerberg (du moins un acteur qui l’imite) remercier avec une niaiserie certaine le demi-milliards d’utilisateurs de FaceBook qui lui ont permis d’être sacré « personnalité de l’année » par Time Magazine. Subitement, son image est brouillée par une neige télévisuelle… Apparaît alors un homme en costume dans un intérieur chaleureux, un verre de cognac à la main, qui dit d’une voix grave et posée : « Hello again. It’s me, Julian Assange ».

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Le sketch est plutôt drôle. Bill Hader, qui interprète Assange, se moque : « Time magazine, toujours sur la brèche, découvre Facebook quelques semaines seulement après votre grand-mère » ; Il résume sa situation : « Je dévoile gratuitement les données confidentielles de grosses organisations et je suis le villain. Zuckerberg vend vos données confidentielles à de grosses organisations, et il est l’homme de l’année » ; « la démocratie est morte. Bonnes vacances ! ». Les phrases sont ponctuées d’un rire gutural et sonore qui semble trahir, derrière le vernis du self-control, une excitation cynique aux limites de la folie.

Cela fait plusieurs semaines déjà que le Saturday night live show fait intervenir de cette manière le personnage de Julian Assange : l’image se brouille, interrompt une émission, et le « hacktivist » australien apparaît, y compris depuis une cellule de prison britannique, par exemple : « Vous vous demandez comment j’arrive à communiquer avec vous depuis une prison ? Vous avez sans doute mal écouté : je suis Julian Assange ! ».
Une sorte de super-héros de l’information, quoi.

Il finit ses interventions par la même déclaration : « quoiqu’on vous dise, si je meurs c’est que j’aurais été assassiné ».

Avec ce running-gag, le Saturday Night Live parvient à évoquer par l’image la divulgation sur Internet d’une gigantesque base de données confidentielles et secrètes, fait extrêmement abstrait et plutôt ingrat à figurer. De manière très naturelle, la représentation qui est convoquée ici n’a strictement aucun rapport avec Wikileaks mais s’inscrit dans une tradition bien plus ancienne, antérieure même à l’existence de la télévision, celle de l’émission piratée.

On trouvait déjà le même artifice dans Hackers (1995), où le jeune pirate informatique Cereal Killer prend le contrôle du réseau de télévision et interrompt l’émission en cours pour dénouer l’intrigue, révéler les noms et les crimes de celui qui devrait être en prison à la place de ses amis. Comme dans le sketch de Saturday Night Live, le pirate est annoncé par un bruit gaussien.

On se rappellera que le film Hackers commence par une bagarre entre deux pirates (Zero Cool et Acid Burn) qui s’arrachent le contrôle des magnétoscopes d’une chaîne du câble. Le film tentait par plusieurs biais (la 3D, notamment) de montrer ce qu’est une intrusion dans un système informatique, mais la preuve définitive, l’exploit qui parle instantanément, c’est donc d’agir sur la télévision, d’en perturber les programmes .

Plus proche du cas de Julian Assange et de Wikileaks, on se rappellera de Eyes Only (jeu de mot entre les documents top secret et le fait que le personnage ne montre que ses yeux), dans la série Dark Angel (2000), un « hacktiviste » qui révèle aux populations de l’Amérique post-catastrophe de 2019 des faits ignorés : corruption, mauvais gouvernement, délinquance en col-blanc, etc.

Avant toute émission, une voix explique « ce message ne peut pas être arrêté et ne peut pas être tracé, c’est la seule voix libre d’Amérique ».

Il est intéressant que Eyes Only se décrive comme une « voix » (et pas comme une « image » par exemple), mais ce n’est pas étonnant car l’émission télévisée pirate n’est que le descendant naturel de l’émission de radio pirate ou en tout cas de la guerre des ondes, qui ont eu une importance politique réelle dans l’histoire — pensons à Radio Londres, par exemple, ou à Voice of America — et dont je retrouve une trace précoce en fiction avec le film américain Freedom Radio (Anthony Asquith, 1941), où un allemand au cœur pur découvre avec horreur que le parti Nazi est en fait méchant, ce qui le pousse à résister par les ondes .

Même si tous les états du monde ont fait leur possible pour contrôler la radiodiffusion sur leurs territoires respectifs, les émissions pirates ont toujours attiré une grande sympathie de la part du grand public, parce qu’elles symbolisent la reprise en main du pouvoir de communiquer, d’informer, et même de distraire, à destination des masses par des gens qui n’ont pas attendu qu’une autorité politique ou financière leur en donne le droit.

Toujours dans le registre « Robin des bois », on peut citer « Riders of the storm » (1986), où The Captain (Dennis Hopper) et sa bande de vétérans du Viet-nam survolent les États-Unis dans un bombardier B-29 reconverti en studio de télévision pirate mobile. La présidente des États-Unis tente de les faire cesser d’émettre à coup de missiles nucléaires… Mais ils parviennent à révéler ses secrets malgré tout, et notamment le fait qu’elle est un homme travesti.

Dans l’excellent They Live (1988), des scientifiques émettent à leurs risques et périls pour avertir leurs compatriotes qu’ils sont victimes d’une invasion extraterrestre et que le monde dans lequel ils pensent vivre n’est qu’une illusion.

Le public ne comprend pas ces images et les trouve désagréables et peu rassurantes, d’autant qu’elles sont accompagnées d’un brouillage qui provoque des migraines : les émissions de pur divertissement sont alors un soulagement pour les spectateurs.

Dans Robocop 3, Nikko, une petite hackeuse surdouée d’une dizaine d’années, parvient à remplacer les émissions télévisées d’une chaîne locale de Détroit par un message qui explique aux spectateurs que la société privée embauchée pour « réhabiliter » les quartiers pauvres est en réalité venue expulser tous leurs habitants et va se rendre coupable d’un véritable bain de sang.

Dans le monde réel, le piratage d’émissions télévisuelles est un fait rarissime car il réclame des moyens importants et est surveillé avec une grande attention.

Le 27 avril 1986, un pirate nommé « Captain midnight » a interrompu la diffusion d’un film sur HBO pour diffuser un message de protestation contre le cryptage de la chaîne, devenue payante. L’auteur du message était un ingénieur en télécommunications. L’incident a eu des répercussions juridiques et techniques, puisque la peine pour ce genre de délit a été sensiblement durcie et que les émissions transmises via les satellites ont dû être « signées » pour que seuls les programmes légitimes puissent être diffusés. Arrêté, « Captain Midnight » a bénéficié d’un très important soutien populaire.

Le 22 novembre 1987 a eu lieu une autre action spectaculaire. Cette fois, le pirate a diffusé à deux reprises des images d’une personne portant un masque de Max Headroom. On n’a jamais su qui était l’auteur de cette action.
Il faut dire que la série Max Headroom est particulièrement intéressante. Max Headroom est une intelligence artificielle qui vit dans le réseau télévisé et qui prend régulièrement le contrôle des écrans. Mais ce n’est pas tout. Son modèle, Edison Carter, employé d’une grande chaîne, est lui aussi fréquemment amené à diffuser des images contre la volonté de ses employeurs, en profitant de la puissance du direct. Enfin, Max Headroom et Edison Carter sont régulièrement en contact avec Big Time TV, une chaîne de télévision pirate.

Il semble qu’aucun piratage de ce genre n’ait été motivé par le besoin de transmettre un message politique — un des rares exemples que je connaisse dans le registre est celui de la secte Falung Gong, qui a émis illégalement en Chine en 2002.
En revanche il est souvent arrivé qu’un plateau de télévision soit subitement envahi par un groupe d’activistes. C’est ce que fait l’énigmatique « V » dans le comic-book (et le film) V pour Vendetta. Menaçant de faire exploser le bâtiment, le terroriste équipé du masque de Guy Fawke , « V » diffuse un message séditieux par lequel il invite ses compatriotes britanniques à se révolter, un an plus tard, contre un pouvoir brutal et corrompu.

Même s’il ne pirate pas un signal radio, « V » provoque un brouillage gaussien sur les écrans de contrôle du bâtiment lorsqu’il y entre.

Le groupe informel Anonymous, dont on a beaucoup parlé récemment pour sa défense de Julian Assange, utilise souvent le masque de Guy Fawke comme symbole. Dans une de leurs vidéos (diffusées sur Youtube),  les Anonymous mélangement même Max Headroom (fond, montage haché) et Guy Fawke. Cette vidéo est destinée (comme beaucoup d’actions des Anonymous) à dénoncer le fonctionnement et les buts de l’Église de Scientologie.

(Remerciements à Moez, qui m’a permis de me procurer certaines images dans une qualité acceptable)

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Le nouveau Facebook… encore et toujours nouveau http://owni.fr/2010/10/08/le-nouveau-facebook%e2%80%a6-encore-et-toujours-nouveau/ http://owni.fr/2010/10/08/le-nouveau-facebook%e2%80%a6-encore-et-toujours-nouveau/#comments Fri, 08 Oct 2010 14:11:40 +0000 Catherine Ertzscheid http://owni.fr/?p=30887

L’avantage avec la nouveauté, c’est qu’elle ne reste jamais neuve. Il y a toujours une nouvelle nouveauté pour faire vieillir la précédente.

Frédéric Beigbeder, Extrait de 99 francs

Mark Zuckerberg, créateur de Facebook a annoncé hier, lors de la conférence de presse qui avait lieu au siège de la société à Palo Alto, de nouvelles fonctions.

Première à retenir mon attention, les nouveaux groupes

Des groupes plus restreints pour une meilleure gestion de la confidentialité

Avec quelques-uns de mes comparses et amis community managers, nous les avons testés ce matin !

Première observation : Nous avons retrouvé quelques sensations d’IRC (woooo on ne date pas d’hier). Bref… Vous pourrez reconstituer des salons de discussions entre amis, membres de votre famille, ou selon les thématiques que vous souhaitez. Pour les membres qui, comme nous, ont des « amis » facebookiens aussi bien professionnels que personnels, cela a l’avantage de permettre une plus grande différenciation des genres.

Plus souples à l’usage que les listes qui alourdissaient les mises en ligne de vos statuts Facebook, ces groupes vous permettront de segmenter le type d’information que vous avez envie de partager avec tel ou tel individu. Les groupes peuvent être ouverts (contenus et membres visibles), privés (contenus cachés mais membres visibles), secrets (ni le contenu, ni les membres ne sont visibles). Sachez que lorsque l’administrateur du groupe vous invite, vous êtes automatiquement intégré à la liste des membres mais vous pouvez toujours en partir!

Gestion du niveau de confidentialité

Mark Zuckerberg, lui-même a expliqué lors de la conférence que sans les remplacer, ces groupes seraient une bonne alternative aux listes qui n’ont pas connu le succès espéré (seulement 5% des membres du réseau les auraient adoptées). J’avoue les avoir adoptées mais l’usage est fastidieux, surtout lorsque vous acceptez un contact via l’application Iphone car il est impossible de le mettre directement dans une liste, cela suppose donc une bonne gestion de votre compte pour que personne n’échappe aux mailles du filet.

Deuxième observation : Partager du contenu de manière sélective. Vous pouvez écrire des messages sur le mur, laisser des commentaires, partager des photos, vidéos, articles.. bref les mêmes types de contenus que sur un profil ordinaire mais si vous avez choisi la confidentialité maximum, cela restera entre vous!

Partager du contenu en toute tranquillité

Troisième observation : Le chat permet de converser enfin à plusieurs ! Bon quelques bugs encore mais nous nous sommes bien amusés. Beaucoup plus de convivialité, d’interactivité. Bien sûr ça ne vous empêche pas d’avoir des conversations privées en one to one.

Autant le dire, cette fonctionnalité va renforcer l’addiction. A quand le même type de fonctionnalité sur les pages fans…?

Une autre question que je me pose : cela ne va-t-il pas vider le contenu des murs? L’usage nous le dira.

La deuxième nouveauté : Le téléchargement de vos données personnelles

Une manière de répondre aux critiques sur l’aspiration par Facebook des données personnelles ? Votre dossier sera reconstitué dans un fichier zip téléchargeable pour être consulté hors-ligne. Je n’ai pas encore testé cette partie donc je ne peux rien en dire de plus… Ni dire vraiment à quoi cela peut servir, alors pour reprendre les termes de Mark Zuckerberg : « Vous êtes propriétaire de vos informations, il faut que vous en ayez la maîtrise, vous devez pouvoir en faire ce que vous voulez »…

La troisième nouveauté : un tableau de bord

Pas toujours facile de se retrouver dans la foultitude d’applications que l’on accepte sur son profil et dont on ne se sert qu’une fois pour ensuite tomber vite dans l’oubli… mais elles… ne vous oublient pas et conservent (enfin leurs éditeurs) un accès à vos données personnelles. Ce tableau de bord devrait donc vous permettre de voir toutes les applications actives sur votre compte et les données auxquelles elles ont accès. A vous ensuite de les restreindre ou les supprimer purement et simplement.

Dernière nouveauté (à ce jour) : le moteur de recherche renouvelé

Depuis hier (pour ma part), lorsque je mets un mot clé dans la barre de recherche, les résultats me donnent bien sûr les données de base (profils, pages et groupes) mais aussi les articles que mes contacts ont publiés ou partagés sur leur mur. Je ne sais pas si d’une manière globale cela donnera un taux de clics plus important sur ces liens mais j’avoue que je trouve la fonctionnalité intéressante pour suivre aussi l’évolution des liens diffusés…

Un moteur de recherche renforcé

Et vous toutes ces nouveautés, vous en pensez quoi ?

>> Article initialement sur Nunalik

>> Photo CC FlickR smlions12

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Pourquoi je n’utiliserai plus Facebook http://owni.fr/2010/04/29/pourquoi-je-n%e2%80%99utiliserai-plus-facebook/ http://owni.fr/2010/04/29/pourquoi-je-n%e2%80%99utiliserai-plus-facebook/#comments Thu, 29 Apr 2010 15:30:51 +0000 Hugo Roy http://owni.fr/?p=13939 J’ai écrit ce billet après avoir pris connaissance des changements annoncés lors du F8 et largement relayés par la presse. Il s’agit donc d’une réaction personnelle. Le compromis que j’ai essayé de tenir en utilisant Facebook pour profiter de ses avantages en dépit de son architecture centralisée et hypermnésique a rompu, j’en explique ici les raisons: le nouveau système OpenGraph que j’estime invasif, l’assouplissement des conditions pour les applications, et mon exaspération face aux pratiques irresponsables des utilisateurs que je ne voulais plus cautionner en participant à ce réseau.

Je maintiens ce que j’ai écrit sur le faux-problème de la vie privée sur Facebook et j’espère prochainement partager mon analyse sur les conséquences en matière de liberté d’expression (sur Internet).


Jusqu’à présent, Facebook était un « réseau social » qui permettait à ses utilisateurs de se relier entre eux en « devenant amis » pour ainsi partager et publier des informations, des liens et des contenus. Certes, si on publiait sa vie privée sur facebook, on pouvait se mordre les doigts et commencer à se poser des questions : « ma vie privée est-elle menacée par facebook ? », « faut-il instaurer un droit à l’oubli pour protéger les jeunes de leur utilisation de facebook ? »

J’ai déjà décris ce que j’en pensais. Souvent les questions qu’on se posait vis-à-vis de facebook étaient mal fondées, et reposaient surtout sur un manque de connaissance des technologies sous-jacentes, à savoir principalement le Web, et d’une incompréhension des pratiques sociales, à savoir la notion de « vie privée » ou de privacy en anglais, et sa perception.

Jusque-là, d’après mon observation de l’intérieur de ce « réseau », j’ai trouvé qu’il n’y avait pas grand mal à y être inscrit, car c’est un  média important qui m’a permis de partager quotidiennement des liens, ainsi que les articles de ce blog, à plus de cent personnes à chaque fois.

En revanche, ne pas être inscrit à facebook représentait des désagréments nombreux: ne pas être tenu au courant des évènements (à Sciences Po, facebook est très utilisé pour l’organisation des conférences, etc.), l’impossibilité de communiquer avec les autres (car le chat de facebook est très utilisé et ne permet de se connecter qu’entre utilisateurs du réseau), ne pas accéder à cette base de données somme toute bien pratique (retrouver un numéro de téléphone, une adresse email, ou bien une connaissance). D’autre part avec l’augmentation du nombre d’utilisateurs et l’effet réseau, avec en plus la pression sociale, il me semblait idiot de renoncer à tout ça juste parce que facebook était un réseau centralisé (on appelle ça le Minitel 2.0 si vous ne savez pas).

En somme, le calcul avantages moins les inconvénients était supérieur à zéro, surtout si, comme moi, on est soucieux de garder le contrôle de sa vie privée et que donc on n’a ni souscrit, ni publié tout et n’importe quoi.

Mais voilà, cette semaine, facebook a annoncé ses plans et les changements qu’ils venaient de mettre en place. Et là, la balance a totalement basculé. Il est hors de question que je continue à utiliser ce « service » et encore moins d’encourager les autres à le faire.

Le nouveau facebook

D’abord, puisque vous n’êtes peut être pas au courant, voici un petit résumé des derniers changements sur facebook.

Facebook devient la pieuvre hyper-tentaculaire du Web: avec son nouveau système d’authentification et sa nouvelle fonction de recommandation, vous serez connectés à facebook à chaque fois que vous allez sur un site lié. Vous êtes peut-être familiers avec la notion de cookies, ces fichiers qui permettent de vous identifier et d’y associer des informations, vous comprenez à quel point Facebook est sur le point de mettre en place un système de « cookies » bien plus performant et bien plus invasif.

Les sites que vous visitez en sauront beaucoup plus sur vous (même si vous n’avez pas accordé à ces sites l’accès à vos informations, il suffit de les avoir données à Facebook) car vous serez automatiquement identifié via votre identité Facebook, qui devient ainsi le point de contrôle de toute votre identité virtuelle. Parallèlement, vos actions sur ces sites sont envoyées à Facebook pour alimenter les données vous concernant et donc améliorer votre profilage. De même, le peu de contrôle que vous aviez sur les applications Facebook vient d’être encore diminué.

Facebook utilise vos données personnelles comme monnaie d’échange : car tout ça a un prix. Les systèmes centralisés coûtent chers (c’est pour ça que le minitel s’est fait supplanté par l’internet, ou bien que l’encyclopædia Britannica est plus chère que Wikipédia). Facebook vient de créer sa monnaie virtuelle, il s’agit en fait d’une toute petite partie de l’énorme monnaie d’échange que constitue votre profilage, vos données. Vous savez à quel point il s’agit d’une source que les publicitaires sont prêts à s’arracher.

Tout cela résulte de la volonté de Facebook de s’étendre, fait partie de la stratégie qu’ils se sont fixés pour tirer profit de l’immense manne qu’ils ont à leur portée : leur 400 millions d’utilisateurs !

Au lieu de créer un système basé sur la créativité de leurs utilisateurs et les bénéfices d’un réseau de publication, au lieu de générer de la valeur par de la création, Facebook a choisi de faire captation, de faire propriétarisation de l’utilisateur, pour l’exporter en échange d’argent. Le choix vient d’être fait. La rupture est là. Cette stratégie ne changera pas si nous n’agissons pas.

Quelles sont les conséquences ?

Centralisation, contrôle → censure

Le Web est un hyper-media sur Internet. Le schéma d’Internet doit s’appliquer aussi au Web. Rien techniquement ne justifie que l’on centralise d’une telle manière le Web et qu’on le réduise à Facebook. Le faire, c’est donner un immense pouvoir à une seule instance de contrôle, sur laquelle vous n’avez en tant qu’utilisateur aucun droit. Vous ne votez pas. Ceux qui votent, ce sont les actionnaires, et si l’on en croit cette enquête du Guardian ce ne sont pas de simples boursicouteux. Il y a là une arrière-pensée techno-politique.

Or, que veut-dire contrôle, dans un système d’hyper-media comme le Web ? Ça veut dire que la possibilité de censure s’exerce non seulement à l’intérieur du réseau, mais aussi à l’extérieur, puisque c’est Facebook qui, telle une pieuvre hyper-tentaculaire, tire toutes les ficelles. Je parle de censure, vous pensez que le mot est fort ? Il ne l’est pas. La page Facebook de WikiLeaks, un site internet qui combat la censure et défend la liberté de la presse a eu sa page supprimée :

WikiLeaks facebook page deleted together with 30,000 fans… boiler plate response includes “..promotes illegal acts…”
WikiLeaks, sur Twitter

Il y a un mois, un groupe promouvant la séparation de l’Église et de l’État au Maroc a été supprimé, tout comme fut supprimé le compte du créateur du groupe. Cela est inévitable. Toute système aussi centralisé et contrôlé que Facebook aboutira inévitablement à de la censure.

Et puis, à force de tout envoyer chez Facebook, vous augmentez leur traffic. Facebook aura donc plus de serveurs et plus d’importance sur le réseau Internet. Si aujourd’hui Google se lance dans l’accès à Internet avec son réseau de fibre optique, demain ce sera Facebook.

Préparer un monde sans vie privée

En publiant sur Facebook, chacun perd le contrôle de ce qu’il publie. Quelles que soient les options que vous cochez aujourd’hui (avec l’illusion de protéger votre vie privée), chaque fois que vous publiez, vous remettez aux mains de Facebook vos données. En effet, vous ne savez pas, dans un an, ou même dans trois mois, comment Facebook va décider de changer ses paramètres. De toute façon, ils en ont le pouvoir, car ils ont vos données. Les fichiers sont stockés sur les serveurs de Facebook (où la loi française ne s’applique pas, faut-il le rappeler), les logs sont chez facebook. Vos conversations de chat ? Enregistrées chez Facebook. Toutes vos photos ? À quelques clics près visibles par n’importe qui en charge à Facebook.

Or, comme le dirigeant M. Zuckerberg l’a répété plusieurs fois, il veut que par défaut, tout soit public. Et quand on observe les comportements sur le site, on s’aperçoit que la plupart des gens publient beaucoup, beaucoup trop. Des photos très personnelles, voire même des photos d’autres personnes (sans forcément demander leur autorisation). Et ce n’est pas juste ma génération d’insouciants étudiants qui ne pensent pas aux conséquences… Je vois aussi des adultes publier fréquemment des photos de leurs bambins.

Dans quel monde vivront-ils ? Eux qui, à peine nés, ont leur photo envoyée aux États-Unis pour être publiée et partagée (potentiellement) dans le monde entier. Ou avec 150 « amis » et les 150×150 amis d’amis, etc. C’est la même chose. Avec tous ces appareils portables : des photos et des vidéos tout le temps, avec en prime la géolocalisation. Tout ça, public par défaut. Il n’y aura plus l’action de « publier », cet acte profondément social, ce geste de communiquer au-delà de son cercle de connaissance et de créer des liens. Publier pour une audience, dans l’espace et dans le temps. Non, il n’y aura plus cet acte autonome, réfléchi, conscient. Tout sera public par défaut et chez Facebook, continuellement. Ce sera la norme absolue, le réflexe innée, l’action qu’on ne remet pas en question sans accomplir un effort intellectuel important qui consiste à dépasser les normes de son temps et de sa société.

Et la pression sociale sera telle que l’autonomie des individus sera quasiment nulle. Quelle liberté aura-t-on ? Dans un monde où on ne peut rien cacher, ne pas avoir de secret, ne pas avoir de sphère privée ? Où le passage dans la sphère publique est continuel, forcé par des entreprises (Facebook et ses partenaires) et par les autres individus qui alimentent le système central.

Qu’est-ce que je vais faire ?

À partir de maintenant, je supprime tout le contenu que je peux supprimer sur Facebook. Je vais laisser une page de profil expliquant mon choix et indiquant les liens à suivre pour me contacter. Je ne retournerai plus sur le site de Facebook et je n’utiliserai jamais leur système de connexion central. Je n’utiliserai plus non plus leur chat centralisé qui n’autorise pas les communications à l’extérieur (un peu comme si un téléphone abonné chez Orange ne pouvez pas téléphoner à un abonné SFR – ça ne vous choque pas, un monopole sur les communications ?).

Pour ceux qui veulent continuer à discuter avec moi, je vous conseille d’utiliser un système de messagerie instantanée (chat) libre et ouvert : Jabber. Pour ceux qui veulent consulter les liens que j’envoie, vous pouvez me suivre sur Twitter ou indenti.ca ou encore sur Google Buzz.

Enfin vous pourrez continuer à lire mon blog, à commenter. Et bien sûr, il reste les bon vieux courriers électroniques. Mes informations de contact sont sur mon site personnel.

Qu’est-ce que j’aimerais que vous fassiez ?

Dans un premier temps, j’aimerais que vous retiriez les photos de moi qui sont sur Facebook (pas seulement retirer le tag, mais la photo, ou alors floutez mon visage, non, je suis sérieux). Ne m’invitez pas dans vos groupes, ni dans vos évènements. Ne m’envoyez pas vos documents verrouillés Microsoft Docs.

Mais surtout, prenez conscience de l’importance de l’enjeu. Allez voir quelles sont les alternatives. En ce moment, de nombreuses initiatives se forment, des développeurs de logiciels libres créent des solutions de réseaux sociaux qui garantissent votre vie privée, votre sécurité.

Ouvrez un blog, montez un site personnel où vous publierez toutes ces choses que vous publiez sur Facebook. Partageons-les. Mais restons autonomes, gardons le contrôle et communiquons librement. Il n’y a pas besoin de s’y connaître en informatique, ni d’être sur GNU/Linux et d’être un pro. Je félicite Sylvain qui a franchi le pas, alors que ce n’est pas un geek comme on dit.

La puissance de Facebook repose sur le fait que vous l’utilisez. Abandonnez-le, détruisons-le, et, un nouveau système émergera, meilleur. N’oublions pas qu’il y a quatre ans, ce site n’était encore qu’un petit réseau d’universitaires américains.


Quelques liens pour en savoir plus sur les changements de facebook :

Quelques extraits des nouveautés des conditions d’utilisation :

Pre-Approved Third-Party Websites and Applications. In order to provide you with useful social experiences off of Facebook, we occasionally need to provide General Information about you to pre-approved third party websites and applications that use Platform at the time you visit them (if you are still logged in to Facebook). Similarly, when one of your friends visits a pre-approved website or application, it will receive General Information about you so you and your friend can be connected on that website as well (if you also have an account with that website). In these cases we require these websites and applications to go through an approval process, and to enter into separate agreements designed to protect your privacy. For example, these agreements include provisions relating to the access and deletion of your General Information, along with your ability to opt-out of the experience being offered. You can also remove any pre-approved website or application you have visited here [add link], or block all pre-approved websites and applications from getting your General Information when you visit them here [add link]. In addition, if you log out of Facebook before visiting a pre-approved application or website, it will not be able to access your information. You can see a complete list of pre-approved websites on our About Platform page.

Connecting with an Application or Website. When you connect with an application or website it will have access to General Information about you. The term General Information includes your and your friends’ names, profile pictures, gender, user IDs, connections, and any content shared using the Everyone privacy setting. We may also make information about the location of your computer or access device and your age available to applications and websites in order to help them implement appropriate security measures and control the distribution of age-appropriate content. If the application or website wants to access any other data, it will have to ask for your permission.

PS: j’assume la contradiction de laisser les liens facebook pour partager les notes que je publie.

> Article initialement publié sur le blog d’Hugo. Retrouvez en commentaires une discussion enrichissante et argumentée.

> Illustration du Une retravaillée par Loguy, illustration article CC par escapedtowisconsin sur Flickr

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Danah Boyd: la “privacy” n’est pas morte http://owni.fr/2010/03/15/danah-boyd-la-privacy-nest-pas-morte/ http://owni.fr/2010/03/15/danah-boyd-la-privacy-nest-pas-morte/#comments Mon, 15 Mar 2010 18:58:32 +0000 danah boyd (trad. Alexandre Léchenet) http://owni.fr/?p=10127 danah boy (pas de capitale, à sa demande) s’est exprimée dans le cadre du festival FXSW au Texas sur la vie privée, un des thèmes que la spécialiste des médias sociaux étudie dans le cadre de ses recherches. Un discours en réaction à des déclarations récentes de pontes du web annonçant la fin de la “privacy”.


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danah boyd est une sociologue qui explore, depuis plusieurs années, la façon dont les gens s’approprient les médias sociaux, qu’il s’agisse des adolescents américains sur MySpace, de tout un chacun sur Facebook, ou de l’élite geek sur Twitter. C’est aussi une excellente oratrice, très incisive, et c’était un réel plaisir de l’entendre prononcer la conférence plénière d’ouverture du festival.

La conférence portait sur la « privacy », qu’on peut traduire imparfaitement par droit à la vie privée ; autrement dit, la capacité des individus à contrôler quels aspects de leur vie sont rendus publics, et à quel public. Le discours de danah boyd s’inscrivait en réaction directe à plusieurs déclarations récentes de caciques de l’Internet annonçant la fin de la privacy : Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, l’a déclarée « morte » il y a quelques mois, tandis que le PDG de Google, Eric Schmidt, avait soupçonné les gens qui s’inquiètent pour la privacy « d’avoir quelque chose à cacher ».

Contre cette tendance, la sociologue a affirmé que les gens n’ont à aucun moment renoncé à contrôler l’information personnelle qu’ils rendent publique, et que l’affirmation contraire est le reflet d’une croyance limitée à une petite élite sociale et technologique.

C’est cette croyance qui a conduit Google au désastre du lancement de Google Buzz : en construisant un réseau social public par défaut au sein de l’univers le plus privé qui soit (le mail), Google s’est heurté violemment au souci des individus de contrôler le passage de l’information des réseaux amicaux aux réseaux publics. C’est cette même croyance qui a poussé Facebook à rendre publique par défaut tout l’information de ses utilisateurs il y a quelque mois, avant de se rétracter en partie. Que cette croyance repose sur de l’ignorance ou le mépris des soucis réels des individus ordinaires ne change guère les données du problème.

Bien sûr, dans les couloirs de la conférence comme sur twitter, les festivaliers n’ont pas manqué de soupçonner que l’embauche récente de la sociologue par Microsoft Research contribue à la virulence vis-à-vis de Google et Facebook. La démonstration n’en reste pas moins intéressante.

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danah boyd a commencé par rappeler que, dans la vraie vie (IRL), la privacy est l’objet d’apprentissages et de négociations toujours imparfaites. On apprend à faire plus ou moins confiance aux individus quant à la rétention de l’information qu’ils ont sur nous ; et on apprend à faire plus ou moins confiance aux endroits dans lesquels on se trouve. Par exemple, si dans un café j’entends le récit très intime de mes voisins de table, la norme sociale veut que je me comporte comme si je ne l’avais pas entendu, et que je ne fasse aucun usage de cette information.

Ces normes sont toujours en partie floues, renégociées selon les situations ; elles n’en sont pas moins cruciales au bon déroulement de notre vie sociale. Le contrôle de la diffusion de notre information personnelle repose donc, IRL, sur des suppositions raisonnables quant à la confiance que l’on peut accorder aux gens et aux lieux.

Il n’y a aucune raison de croire que ces enjeux soient différents en ligne. Les gens ordinaires interviewés par la sociologue n’ont pas abandonné l’idée de contrôler la publicité de leur information. Bien sûr, ils sont prêts à publier beaucoup de choses en ligne, parce que c’est justement le ressort du web social : on se montre pour susciter des rencontres.

Mais cela ne signifie pas qu’on accepte par extension de tout montrer à tout le monde : un statut facebook s’adresse à mes amis Facebook, aux personnes avec lesquelles j’interagis régulièrement. Les adolescents qui s’exposent souhaitent se montrer à leurs pairs, pas aux gens qui ont du pouvoir sur eux (parents, enseignants, recruteurs, etc.).

La plupart du temps, lorsque le fruit de cette exposition (photos, blagues, opinions à l’emporte-pièce…) se trouvent être public, et accessible notamment aux moteurs de recherche, c’est par ignorance des règles de fonctionnement des sites et de leur évolution. d. boyd a ainsi demandé à des dizaines d’utilisateurs ordinaires ce qu’ils pensaient être leurs paramètres de privacy sur Facebook, avant de vérifier les paramètres effectivement activés : « le taux de recoupement est de 0% ».

Quelle importance finalement, du moins pour tous les gens qui n’ont « rien à cacher » ? D’une part, bien sûr, l’exposition d’une conversation privée à un public large peut générer des drames liés à la pression de l’attention publique. Mais surtout, danah boyd rappelle que l’espace public de nos sociétés occidentales n’est pas, du moins pas encore, parfaitement égalitaire et démocratique.

Lorsque les individus blancs, mâles, surdiplômés et ultra-compétents technologiquement, qui constituaient la majorité de l’auditoire, s’expriment dans l’espace public, ils estiment avec raison ne prendre aucun risque pour leur vie privée ou professionnelle.

Mais l’espace public, même numérique, n’est pas si accueillant pour tout le monde : danah boyd remarque que lorsque plusieurs sujets liés à la culture noire-américaine apparaissent dans les « trending topics » de twitter, les réactions de rejet fleurissent. Et plus généralement, de très nombreux professionnels sont trop dépendants de leurs clients et employeurs pour qu’on les contraigne à afficher leurs conversations en ligne ; il n’est sans doute pas souhaitable que les opinions politiques et religieuses des enseignants soient accessibles facilement aux parents d’élèves. La publicité sur les réseaux sociaux n’est pas nécessairement un outil de démocratisation de l’espace public, et peut très bien opérer dans le sens contraire.

En guise d’adresse finale aux décideurs et créateurs de technologies sociales présentes dans la salle, Danah Boyd a rappelé qu’il n’existe pas de solution miracle : le problème n’est pas d’inventer le bon algorithme. Il faut plutôt chercher des outils permettant de rendre autant que possible le contrôle aux utilisateurs, outils qui seront, comme dans la vraie vie, forcément imparfaits.

> Article initialement publié sur Frenchxsw

> Illustration par Michael Francis McCarthy et par alancleaver_2000 sur Flickr

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